Ancien à l'extérieur, nouveau à l'intérieur : l'historicisme

Blog Dlubal pour les ingénieurs civils et les ingénieurs structures

  • Programme autonome COMPOSITE-BEAM

Ce que nous pouvons tirer de l'historicisme

Les architectes de l'historicisme ont revisité des styles architecturaux d'époques passées, en laissant beaucoup de place à l'interprétation personnelle. Cela a créé un mélange de différentes architecture qui retiennent encore l'attention aujourd'hui. Que pouvons-nous apprendre de l'historicisme pour notre industrie moderne de la construction ?

Au cours du XIXe siècle, le classicisme a progressivement disparu. Ce qui est resté, cependant, c'est l'idée de trouver l'inspiration dans le passé et de le revisiter. Alors que la période précédente de l'Histoire de l'architecture s'attachait à reprendre les codes de l'architecture antique, l'ère allant des années 1830/1840 jusqu'au tournant du siècle a été définie par l'imitation de différents styles du passé : les architectures romanes, gothiques, la Renaissance, le baroque et le rococo. L'historicisme était né.

Cela s'explique par les circonstances sociales de l'époque. La révolution industrielle a entrainé, en plus d'une explosion démographique, un boom de la construction. Le manque de moyen et de temps pour concevoir son propre style a incité à puiser dans les styles existants ou ayant existé. La colonisation a familiarisé l'Europe avec des styles architecturaux non-européens, et l'historicisme a ainsi fleuri.

Caractéristiques de l'historicisme

Là où l'historicisme se distingue des styles précédents, c'est qu'il se contente d'être simplement un style de façade. Le reste du bâtiment mobilisait les nouveaux matériaux et technologies disponibles à l'époque. C'est à cette époque que la distinction s'est faite entre deux corps de métier : les architectes et les ingénieurs. Les architectes s'occupent des façades, et les ingénieurs de tout ce qu'il y a derrière.

La conception de la façade vue de l'extérieure rappelait globalement un style architectural majeur du passé, tandis que la maçonnerie interne était bien plus moderne. Par exemple, en Allemagne, ce nouveau style était connu sous le nom, entre autres, de bâtiments « Gründerzeit » (« époque des fondateurs » en allemand).

Plus important encore que l'exécution conforme aux règles d'un style architectural : les façades devaient rappeler les temps jadis, tout en présentant un aspect aussi décoratif que possible. Les différents étaient souvent simplement amalgamés, sans prendre en compte leurs héritages respectifs, ou bien on supposait que c'étaient les nouvelles influences qui pouvaient compléter le style auquel on voulait revenir. Par conséquent, ce type d'architecture a également fait l'objet de critiques.

Exemples de bâtiments historicistes :

Il n'y a pas besoin d'aller très loin pour trouver des exemples de bâtiments d'architecture historiciste. Beaucoup de gens qui vivent dans des vieilles villes ont un bâtiment de ce type juste à côté de chez eux, voire vivent dedans. Examinons quelques bâtiments historicistes.

Nouvel hôtel de ville de Leipzig

Leipzig, Allemagne

En raison de la croissance de la population, l'ancien hôtel de ville est progressivement devenu trop petit. Il était donc nécessaire d'en construire un nouveau ! En 1895, la municipalités de Leipzig a acheté le château du Pleißenburg au Royaume de Saxe. Sa tour comportait à l'époque un observatoire de l'Université de Leipzig. Certes, celle-ci avait déjà été déplacée en raison de la densité des constructions environnantes, mais la silhouette de la tour du Pleißenburg était si connue en tant qu'emblème de la ville qu'elle devait rester bien reconnaissable, même après la nouvelle construction. Le style d'origine devait donc être repris et transformé ici.

Après six ans de travaux, le nouvel hôtel de ville a été inauguré en 1905, et agrandi en 1912. Les deux bâtiments sont reliés par le Beamtenlaufbahn (« chemin des fonctionnaires » en allemand), un pont fermé à deux étages. Comme de nombreux bâtiments en Allemagne, le nouvel hôtel de ville a été bombardé pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les travaux rapides de restauration et de rénovation ont permis de rendre sa splendeur passée au bâtiment en un temps record.

L'ensemble des bâtiments a été construit en calcaire gris clair de Franconie et la tour se trouve directement sur le socle de l'ancienne tour du Pleißenburg. L'horloge de l'hôtel de ville est particulièrement intéressante la nuit, lorsqu'elle scintille en bleu et porte l'inscription latine mors verta, hora incerta (« la mort est certaine, l'heure incertaine »). De plus, on y trouve l'un des derniers ascenseurs paternoster accessibles au public et fonctionnels d'Allemagne.

Château de Neuschwanstein

Füssen, Allemagne

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, le roi Louis II de Bavière voulait transformer son château gothique tardif riche en détail en château roman monumental. Plus spécifiquement, c'était le château de la Wartbourg, à Eisenach qui était censé servir de modèle. La reconstruction a commencé en 1869 et a été achevée en grande partie en 1884.

La réalisation de ce projet a réussi au-delà de toutes les espérances : aujourd'hui, le Neuschwanstein est dans l'inconscient collectif l'archétype du château médiéval digne de contes de fées ! En réalité, il s'agit d'un chef-d'œuvre historiciste, une nouvelle création stylistique inspirée de l'architecture du château de la Wartburg et des représentations de châteaux forts d'enluminure médiévale.

Il devait être un château de style roman, sans avoir à négliger les innovations techniques du XIXe siècle. Ainsi, une fois achevé, le château « roman » de Neuschwanstein disposait d'une cuisine ultramoderne pour l'époque, d'un chauffage à air chaud et de grandes fenêtres à huisserie en acier produites de manière industrielles, fermant hermétiquement.

Les influences dominantes sont venues de l'art roman avec ses figures géométriques simples comme les parallélépipèdes et les arcs circulaires. On y trouve également des caractéristiques du gothique, par exemple des lignes ascendantes, des tours élancées, des ornements architecturaux filigranes. D'autre part, la décoration de la salle du trône a été réalisée dans le style de l'art bysantin. Aujourd'hui encore, le château de Neuschwanstein est une destination célèbre et populaire pour des excursions, et a déjà été le cadre de beaucoup de films connus.

Cathédrale de Berlin

Berlin, Allemagne

Lors de la fondation de l'Empire allemand en tant qu'état-nation après la fin du Saint-Empire romain germanique, une église protestante représentative devait prendre la place de l'ancienne cathédrale classique de Berlin. Elle devait jouer d'égale à égale avec les autres églises du monde. L'ancienne église a donc été détruite à l'explosif pour faire place à une église de style haute-renaissance italienne et baroque.

De 1894 à 1905, la recomposition stylistique a été effectuée. Alors que la façade orientale de quatre étages rappelle l'architecture des palais baroque, les nombreuses colonnes et les frontons triangulaires, surtout aux entrées, présentent des caractéristiques de la Renaissance. Cependant, des câbles électriques ont déjà été posées en même temps et en 1905, la cathédrale disposait d'un ascenseur électrique.

Le dôme renaissance italienne a été détruit pendant la Seconde Guerre Mondiale. Avec ses 98 mètres de haut, il n'a pas été reconstruit complètement, mais il n'en demeure pas moins impressionnant. Ces caractéristiques permettent de classer la cathédrale de Berlin dans les styles néo-renaissance et néo-baroque. Aujourd'hui encore, il s'agit de la plus grande église protestante d'Allemagne en termes de superficie et, en même temps, de l'une des plus importantes sépultures dynastiques d'Europe.

Ancienne usine à cigarettes Yenidze

Dresde, Allemagne

Au début du XXe siècle, l'industrie de la cigarette était florissante. Hugo Ziets, un entrepreneur, propriétaire de l'usine de tabac et de cigarettes Yenidze, avait le projet de construire un nouveau bâtiment d'usine à Dresde. Le terrain qu'il avait acquis était certes très bien desservi du point de vue des transports, seulement la construction d'installations industrielles y était interdite. En effet, la municipalité dresdoise considérait comme sacrés les bâtiments baroques du centre-ville.

Par conséquent, la nouvelle installation ne pouvait pas ressembler à une usine typique. Heureuse coïncidence : Monsieur Ziets avait déjà l'intention de construire un bâtiment de style oriental. Il a donc fait concevoir sa nouvelle fabrique avec une apparence d'inspiration orientale pour le moins créative. Ni l'architecte, ni le maitre d'ouvrage n'avait de bonne idée de ce à quoi ressemblait réellement l'architecture orientale.

Une coupole aux vitres colorées et la cheminée camouflée en minaret donnaient au bâtiment l'aspect externe d'une mosquée. Ainsi est apparu le surnom « Mosquée du Tabac ». La mosquée abritant le tombeau de l'émir Khaïr Bak au Caire aurait servi de modèle.

Un nouveau bâtiment dans le style d'une culture étrangère encore méconnue à l'époque ? Cette nouvelle venue dans la Florence de l'Elbe a suscité stupeur et rejet. Cette usine qui ne ressemble pas à une usine a certainement rempli son objectifs publicitaire. Encore aujourd'hui, c'est un bâtiment attrayant, tellement qu'on le croirait magique.

Bâtiment du Parlement autrichien

Vienne, Autriche

L'emplacement actuel du Parlement autrichien est une ancienne place destinée à accueillir des manifestations, une zone en plein centre-ville de Vienne qui ne pouvait être ni végétalisée ni construite. C'est d'abord au millieu du 19e siècle qu'un nouvel aménagement urbain a été approuvé à cet endroit. Trois bâtiments d'État centraux étaient prévus : l'hôtel de ville, le bâtiment du parlement de l'empire et l'université. La construction a commencé en 1874, et s'est éternisée pendant des décennies, jusqu'à ce que le bâtiment du Parlement soit entièrement équipé.

À l'origine, deux bâtiments étaient prévus : un pour la Chambre des Seigneurs, représentant l'aristocratie, et un pour la chambre des députés, représentant les nations de l'empire austro-hongrois. La double-monarchie a finalement fait en sorte que les éléments architecturaux des deux bâtiments soient combinés.

L'objectif de l'architecte Teophil von Hansen était avant tout d'inclure dans le bâtiment autant d'allusions et de références que possible à la démocratie vivante. Il a emprunté à la Grèce antique la forme et la symbolique des colonnes, ce qui saute aux yeux entre autres par les sculptures tels que la fontaine d'Athéna. Précisément parce que c'est là-bas que la démocratie est née, et elle était ici chez elle.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la structure du bâtiment a été fortement endommagée par les bombardements. La reconstruction a duré jusqu'en 1956 et de nombreux éléments de l'aménagement intérieur n'ont pas pu être restaurés ou seulement avec peu de décoration.

Conclusion : l'historicisme

Les différents mouvements de l'historicisme ont souvent toujours une influence sur notre architecture. C'est particulièrement flagrant dans les centres-villes, comme à Vienne, où des rue entières ont été construites dans ce style. La construction des bâtiments doit être rapide, avoir un aspect historique décoratif à l'extérieur et être moderne à l'intérieur.

Les styles architecturaux des époques passées ont été repris par les architectes, mais les règles de ceux-ci ont été tellement assouplies qu'une grande place a été laissée à l'interprétation personnelle. Il en a résulté un mélange de différents styles architecturaux, particulièrement attrayants. Que pouvons-nous apprendre de l'historicisme pour notre industrie moderne de la construction ?

Ce que nous pouvons tirer de l'historicisme

L'historicisme ne consistait pas à développer quelque chose de nouveau, mais à revisiter des concepts éprouvés et à les adapter aux temps modernes. Il en est résulté une grande variété de styles modernisés. Nous ne devons donc pas nécessairement nous efforcer d'inventer des formes abstraites entièrement nouvelles pour créer des bâtiments dignes d'intérêt. Pourquoi ne pas développer des solutions créatives en se basant sur des styles passés et en les réinterprétant ?

Pour créer des bâtiments historicistes, les architectes et les ingénieurs ont travaillé en étroite collaboration. L’esthétique et la fonctionnalité ont été planifiées ensemble. Le résultat est un bâtiment moderne avec une façade historique décorative. De nos jours, chaque corps de métier, architecture ou ingénierie, se cantonne généralement à son propre domaine. Dans ce processus, des opportunités pour des bâtiments vraiment uniques sont souvent perdues. Dans notre industrie du bâtiment moderne, plus de projets interdisciplinaires seraient vraiment souhaitables.

L'historicisme associait des matériaux de construction modernes, comme la fonte et l'acier, à l'architecture de bâtiments historiquement attrayants. Nous pouvons faire de même. Au lieu de miser sur des bâtiments classiques en verre ou des parallélépipèdes en béton, l'intégration de notre passé architectural permettrait de ne pas donner le même aspect à tous les nouveaux bâtiments. Un peu d'individualisme  ferait justement du bien aux centres-villes en matière de construction de logements.

Nous pourrions créer un lien visuel avec le passé dans le secteur de la construction, tout en répondant à des exigences modernes. Alors pourquoi ne pas tout simplement oser et tenter de réaliser quelque chose de nouveau à partir de l'ancien ? Il ne doit pas toujours s'agir d'une reproduction typique d'anciens styles architecturaux : l'art de la construction nous réserve tant de possibilités. À nous de les saisir.

Auteur

Luisa Ruthe, B.A.

Luisa Ruthe, B.A.

Marketing

En tant que rédactrice en chef, Mme Ruthe est responsable de la création de textes créatifs et de titres captivants.

Mots-clés

Histoire de l'architecture l'historicisme Architecture

Laissez un commentaire...

Laissez un commentaire...

  • Vues 1179x
  • Mis à jour 29 janvier 2024

Contactez-nous

Daniel Dlubal | Dlubal Software

Avez-vous des questions concernant des articles de blog ou des suggestions sur des sujets spécifiques ?

Partagez vos idées en envoyant un e-mail à notre rédacteur en chef, Daniel Dlubal. Nous sommes impatients de recevoir vos commentaires et suggestions.

[email protected]