7610x
001669
19.09.2024

Déversement dans les structures bois | Exemples 2

Le premier article de cette série « Déversement dans les structures bois | Exemple 1 » explique l'application pratique de la détermination du moment fléchissant critique Mcrit ou de la contrainte de flexion critique σcrit pour le déversement d’une poutre en flexion à l’aide d’exemples simples. Dans cet article, le moment fléchissant critique est déterminé en considérant une fondation élastique résultant d’un contreventement.

Modèle de structure

Pour le système représenté ci-dessous, le déversement des poutres doit être vérifié. Au niveau du plan de toiture, six poutres sont disposées comme poutres parallèles de 18 m de long, ainsi que deux contreventements. Les poutres situées sur les pignons sont supportées par des poteaux et ne sont pas prises en compte pour le calcul. Une charge de calcul qd de 10 kN/m agit sur les poutres principales. Il s’agit avant tout de déterminer le moment critique de déversement. Les vérifications à l'état limite ultime ainsi qu’à l'état limite de service ne sont pas détaillées.

Données du modèle

GL24h - - Matériau selon EN 14080
L 18 m Longueur de la poutre
b 120 mm Largeur de la poutre
h 1.200 mm Hauteur de la poutre
Iz 172.800.000 mm4 Moment d’inertie
IT 647.654.753 mm4 Moment d’inertie de torsion
qd 10 kN/m Charge de calcul
az 600 mm Position de la charge
e 600 mm Position de l’appui

Informations

Même si, dans les équations suivantes pour E et G, la référence aux valeurs du quantile à 5 % n'est pas indiquée explicitement dans l'indice, celles-ci ont néanmoins été prises en compte en conséquence.

Poutre avec maintien latéral et en torsion sans appuis intermédiaires

Par souci d’exhaustivité, la poutre sans maintien latéral étudiée en premier (voir figure 02). La longueur de barre équivalente, pour une application de la charge sur la face supérieure de la poutre principale avec a1 = 1,13 et a2 = 1,44, est obtenue comme suit :

Le moment critique de déversement peut ensuite être calculé comme suit :

Une augmentation du produit des quantiles à 5 % des caractéristiques de rigidité en raison de l'homogénéisation des poutres en bois lamellé-collé n'est pas prise en compte dans ces exemples.

Il en résulte le moment fléchissant agissant sur les poutres principales :

L’analyse des valeurs propres donne comme résultat un facteur de charge critique de 0,32. Il en résulte le moment critique de déversement

et il est donc identique au résultat de la solution analytique.

Comme on pouvait s'y attendre pour cette poutre élancée non maintenue, le moment fléchissant appliqué est supérieur (d’un facteur 3) au moment critique de déversement, et la poutre n'est donc pas suffisamment maintenue contre le basculement. Un contreventement doit toutefois y remédier, et celui-ci est désormais pris en compte dans le calcul.

Poutre avec maintien latéral et en torsion avec appuis intermédiaires rigides

Si le contreventement est suffisamment rigide, il est souvent admis en pratique d’utiliser l’espacement des maintiens latéraux (par exemple par des pannes) comme longueur de barre équivalente pour la vérification du déversement. Cette procédure a déjà été présentée dans l’article technique précédent, Déversement dans les structures en bois | Exemples 1.

On utilise donc L = 2,25 m. Pour a1 = 1,00 et a2 = 0,00, comme suit :

Le moment fléchissant critique est alors :

Comme le moment fléchissant agissant sur la poutre est inférieur au moment fléchissant critique, la poutre n’est pas susceptible de basculer en supposant des appuis intermédiaires rigides.

L’analyse des valeurs propres à l’aide du module additionnel RF-/FE-LTB donne comme résultat un facteur de charge critique de 2,7815. Il en résulte le moment fléchissant critique

Mcrit = 2,7815 ⋅ 405 kNm = 1.126,50 kNm

Poutre avec maintien latéral et en torsion et fondations élastiques


Comme expliqué dans Déversement dans la construction en bois | Théorie, l'évaluation de la longueur de barre équivalente pour les barres à fondation élastique est étendue, dans [1], par les facteurs α et β.

Cela permet de prendre en compte la rigidité au cisaillement d’un contreventement pour le déversement des poutres. La détermination de la rigidité en cisaillement du contreventement peut, par exemple, être effectuée selon [2] figure 6.34. Comme on peut le voir, celle-ci dépend du type de contreventement, de la rigidité en traction des diagonales et des montants, de l’inclinaison des diagonales et de la souplesse des organes d’assemblage. Pour le contreventement représenté sur la figure 01, la rigidité en cisaillement est obtenue comme suit :

Ici, ED est le module d’élasticité des diagonales et AD leur aire de section. Cependant, l’équation ci-dessus ne tient pas compte de la souplesse des organes d'assemblage des diagonales. Celle-ci ainsi que l’allongement des diagonales peuvent être pris en compte au moyen d’une aire de section fictive AD'. Il en résulte :

avec

Les diagonales ont des dimensions b/h = 120/200 mm et une longueur LD de 4,59 m. Le module de glissement de l’assemblage de chaque côté des diagonales doit être de 110.000 N/mm.

La section idéale est donc de

AD' = 12.548 mm²

et donc la rigidité au cisaillement d’un contreventement, avec un angle des diagonales par rapport à la semelle de 60,64°,

sid = 44.864 kN

La fondation élastique par contreventement peut être converti comme suit selon [2] formule 7.291 :

Pour deux contreventements et six poutres principales, la constante de ressort suivante est disponible par poutre principale :

Ky = 455,6 kN/m² = 0,456 N/mm²

Sous l’hypothèse que KG = ∞, Kθ = 0, Ky = 0,456 N/mm², e = 600 mm, a1 = 1,13 et a2 = 1,44, la longueur de barre équivalente est obtenue comme suit :

lef = 0,13

Le moment critique de déversement prend ainsi une valeur utopique de :

Mcrit = 18.482,84 kNm

On s'attendrait à une valeur proche de celle du système avec appuis intermédiaires rigides. Comme expliqué dans Déversement dans la construction en bois | Théorie, l'application de la formule étendue avec α et β est limitée dans son utilisation.

Strictement parlant, celle-ci n’est valable que lorsqu'il existe une flèche en grand arc sinusoïdal. C’est-à-dire lorsque la fondation élastique est très souple. Ce n’est plus le cas dans cet exemple. Les modes propres à plusieurs ondes, qui conduisent à la plus petite charge critique pour des constantes de ressort plus élevées, ne sont pas pris en compte dans cette équation, car celle-ci repose sur des approches sinusoïdales à une seule onde.

Comme le montre la figure 07, l’analyse aux valeurs propres conduit à un mode propre à plusieurs ondes.

Dans ce cas, la méthode dérivée par le Professeur Heinrich Kreuzinger (2020) peut être appliquée. Le moment critique de déversement est calculé comme suit :

La constante n désigne la 1re, 2e, 3e… solution propre. Il convient donc d’examiner plusieurs solutions propres et le plus petit moment critique de déversement est alors déterminant. Pour n = 1…30, on obtient les moments critiques de déversement suivants.

n Mcrit [kNm] n Mcrit[kNm]
1 9.523,25 16 2.214,63
2 4.281,26 17 2.339,17
3 2.294,32 18 2.464,92
4 1.605,56 19 2.591,63
5 1.354,68 20 2.719,14
6 1.282,70 21 2.847,30
7 1.294,12 22 2.976,00
8 1.348,81 23 3.105,16
9 1.428,05 24 3.234,71
10 1.522,29 25 3.364,60
11 1.626,24 26 3.494,77
12 1.736,77 27 3.625,20
13 1.851,94 28 3.755,84
14 1.970,50 29 3.886,67
15 2.091,60 30 4.017,68

Pour n = 6, Mcrit est minimal et vaut 1.282,70 kNm.

La solution aux valeurs propres du module additionnel RF-/FE-LTB (voir figure 07) donne :

Mcrit = 3,4376 ⋅ 405 kNm = 1.397,25 kNm

Les deux résultats présentent une très bonne concordance. Cependant, la solution analytique se situe du côté de la sécurité, car cette méthode suppose de manière simplifiée un diagramme de moment fléchissant constant. À ce moment fléchissant critique constant Mcrit est ensuite associée une charge critique qcrit.

Comme la fondation élastique dans cet exemple peut être considérée comme très rigide et distribuée de manière uniforme sur la longueur des poutres, on obtient des moments critiques de déversement légèrement plus élevés que pour l’appui ponctuel rigide.

Conformément à [3] 9.2.5.3 (2), les contreventements doivent être suffisamment rigides pour que la déformation horizontale ne dépasse pas L/500. Le calcul doit être effectué avec les valeurs de calcul des rigidités (voir [1] chapitre NCI à 9.2.5.3).

Pour kcrit = 0,195, H = 5 m et qp = 0,65 kN/m² comme pression dynamique de rafale, on obtient les charges suivantes (voir [3] chapitre 9.2.5.3) :

Nd = (1 - 0,195) ⋅ 405 / 1,2 = 271,68 kN

qd = 2,76 kN/m

qd,wind = 1,5 ⋅ (0,7 + 0,3) ⋅ 0,65 ⋅ 5 / 2 = 2,44 kN/m

La déformation du contreventement est représentée sur la figure 08. Les charges ont été à nouveau divisées par deux, car il existe deux contreventements.

La déformation admissible s’élève à :

Cela confirme l’hypothèse d’un contreventement très rigide et concorde avec les moments critiques de déversement presque identiques du système avec appuis intermédiaires rigides et du système avec fondation élastique.

Résumé

Nous avons montré quelles options permettent, dans les structures en bois, d’étudier le déversement des poutres en flexion. Pour les méthodes courantes, il convient de veiller à ce que les contreventements soient suffisamment rigides pour pouvoir considérer des appuis rigides. Des variantes ont été présentées en conséquence si cette hypothèse n'est pas satisfaite. En principe, les poutres en flexion et les contreventements doivent encore être vérifiés à l’ELS et à l’ELU selon la norme correspondante. Cet article ne couvre toutefois pas cet aspect.


Auteur

M. Rehm est responsable du développement de produits pour les structures en bois et il fournit une assistance technique aux clients.

Liens
Références


;